"La seule chose que l'on puisse prendre du paysage est une photographie,
la seule chose que l'on puisse laisser est l'empreinte de ses pas." Hamish Fulton

Cottonwood Cove, Arizona

Rares sont ces instants où la lumière semble se poser et caresser délicatement la matière. Hasard ou opportunité d'une rencontre entre le photographe et son sujet.

Le matériel

L'utilisation du médium photographique (chambre photographique) reste certainement le moyen le plus noble pour être le témoin des différents éléments et détails d'un paysage. Il donne la possibilité au photographe de faire corps avec lui pendant les différentes phases de réglage de l'appareil. Le photographe photographie au rythme de la lumière et non plus au rythme du temps. Par son format d'image restituée (du 4x5 inch au 8x10 inch), l'ensemble des détails de l'image apparaît clairement et précisément.

Le médium photographique permet d'effectuer plusieurs réglages (mouvements) dont les principaux sont : le décentrement et la loi de Scheimpflug (loi des plans conjugués). Dans le cas précis de cette prise de vue, le décentrement et la bascule avant du corps de l'appareil ont été utilisés afin de cadrer le sujet comme souhaité.

Matériels utilisés : - Chambre Ebony SV45TI
  - Optique Schneider Super Symmar 4.5 / 80 mm XL
  - Cellule Minolta IV F
  - Plan Film Fuji Velvia RVP

Rève matinal

Je parcours une centaine de mètres, pose mon sac à dos, m'assoie sur la roche encore fraiche du matin et regarde, quelques minutes, cette étendue désertique... puis je ferme les yeux [...]

[...] Je sors de mon sac de couchage pour éteindre le réveil qui vient de sonner. Il est 4H30 du matin et dehors il fait nuit noire. L'aube ne fera son apparition que dans une heure et à la lumière de ma lampe frontale, je découvre que le véhicule est recouvert d'une fine pellicule de givre.

Pas un bruit n'est venu perturber cette nuit fraiche au milieu du désert du Paria Plateau à 1760 mètres d'altitude. La ville la plus proche, Page (Arizona), se trouve à environ une cinquantaine de kilomètres à vol d'oiseau de mon lieu de bivouac. J'éprouve le sentiment d'être seul au monde !

Je fais bouillir de l'eau à l'arrière du 4x4 pour prendre un bon café chaud et avaler une barre de céréale. Je prends également le temps de vérifier que les plans films sont bien dans le sac à dos et que le GPS a suffisamment d'autonomie pour me guider durant cette excursion matinale. Dans le ciel les étoiles scintillent.

4H50, je règle la lampe frontale sur mon front puis me glisse à travers les buissons. Après quelques dizaines de mètres je retrouve les traces de mes pas faites lors du repérage de la veille. Dans les creux du sable laissés par mes pas, de multiples sillages du passages de petits scarabées. Je m'engage dans la nuit, tête baissée, en pensant déjà aux premières lueurs du jour.

Après 30 minutes de marche, alors que je commence à peine à distinguer les silhouettes des arbustes dans la nuit, je m'aperçois que je descends trop vers le nord. Perdu dans mes pensés, j'en ai oublié de regarder le GPS ! Ce n'est pas le moment de perdre du temps et j'accélère le pas, car dès que l'aube fera son apparition, il ne restera que trente minutes pour installer le matériel avant le levé du soleil.

5H30, je pose le sac à dos et je commence à installer la chambre photographique à l'endroit repéré la veille. L'aube a fait son apparition et je distingue maintenant très nettement les formes de la roche. Un labyrinthe de roches s'étend devant moi, aiguisées comme des lames de rasoir. Je m'active à faire les différents réglages de la chambre pour obtenir un maximum de profondeur de champ.

5H50, environ 5 minutes avant que le soleil ne se lève, je me tourne vers l'est et découvre qu'une fine brume s'est installée à l'horizon. Condition idéale pour avoir une lumière atténuée et douce. Je m'empresse de faire les différentes mesures de lumière, insère le premier plan film à l'arrière de la chambre photographique puis j'attends.

Les premiers rayons apparaissent enfin mais encore trop faibles pour donner vie à la roche. J'ajuste rapidement mes mesures et au moment où le disque solaire se trouve en totalité au dessus de l'horizon, je déclenche. A f45 cela nécessite une pose d'environ 12 secondes.

L'adrénaline vient de monter subitement ! Moments éternels face à ce paysage qui s'étire à perte de vue. Le soleil suspend sa course. Ses rayons peignent la scène tout en douceur dévoilant les couleurs cuivre et or des veines de la roche. Déjà six plans films réalisés et maintenant la mesure de la lumière se fait à f45 avec une pose à 2 secondes.

Un quart d'heure après le levé de soleil, la brume à l'horizon commence à se dissiper. La température ambiante se réchauffe et les ombres deviennent plus dures. Je fais une dernière prise de vue. J'observe le ciel où quelques avions laissent derrière eux des trainées blanches de vapeur d'eau. Je ne suis donc plus seul au monde !

Une fois le matériel rangé, je redescends doucement de l'arrête rocheuse, parcours une centaine de mètres, pose mon sac à dos, m'assoie sur la roche encore fraiche du matin et regarde, quelques minutes, cette étendue désertique. Je ferme les yeux et commence à rêver...

Avril 2010
English version

Disponible à la vente en tirage Cibachrome.

Agrandissement Cibachrome disponible dans la Collection Vintage - Planche 100

 

  
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